On imagine un catalogue illustré de postures. Le Kamasutra est un traité indien en sanskrit, sans illustration d’origine, qui parle surtout de savoir-vivre, et dont les postures occupent une petite partie.
Le titre et l’auteur
Le mot réunit kama, le désir et le plaisir au sens large, et sutra, le fil, qui désigne aussi un genre de traité fait de sentences brèves. La tradition l’attribue à Vatsyayana, dont le nom figure dans le texte et dont on ne sait à peu près rien d’autre.
La date reste discutée. Les estimations s’étendent sur plusieurs siècles, entre 400 avant notre ère et 300 de notre ère environ, et l’indianiste Wendy Doniger propose la seconde moitié du IIIe siècle. Le texte se présente lui-même comme la synthèse de travaux plus anciens.
Ce qu’il contient
Le Kamasutra compte sept livres et trente-six chapitres. Dans la pensée indienne de l’époque, le plaisir est l’un des trois buts légitimes de l’existence, avec la conduite juste et la prospérité, et l’ouvrage le traite donc comme une matière à part entière.
- Des considérations générales, dont les buts de la vie et la manière de vivre d’un homme cultivé de la ville.
- L’union physique : étreintes, baisers, caresses, et postures.
- La recherche d’une épouse.
- La vie conjugale.
- Les relations avec les épouses d’autrui.
- Les courtisanes.
- Les moyens de plaire, avec des recettes dont nous vous dispensons.
Les postures se trouvent donc dans le deuxième livre, et elles n’en remplissent qu’une partie. Ce sont pour la plupart de courtes définitions de deux ou trois lignes, sans mode d’emploi, et le texte signale que certaines ne s’apprennent que par la pratique.
Il reflète aussi la société qui l’a produit. On y lit une conception de la vie de couple et des rapports entre hommes et femmes qu’on ne défendrait plus, et ses descriptions s’adressent à un public très particulier. Nous en retenons les noms et les dispositions, reprises ici pour deux adultes de tous genres.
Comment il est arrivé jusqu’à nous
Le commentaire le plus connu, le Jayamangala de Yashodhara, date des XIIe ou XIIIe siècles. Pour l’Occident, tout commence en 1883 avec une édition anglaise parue sous le nom de Richard Burton. Il l’a surtout révisée. La traduction elle-même doit beaucoup à deux lettrés indiens, Bhagwanlal Indraji et Shivaram Parshuram Bhide, sous la conduite de Forster Fitzgerald Arbuthnot. L’éditeur, la « Kama Shastra Society », n’existait que sur le papier, ce qui permettait une diffusion privée à une époque où publier un tel livre au Royaume-Uni exposait à des poursuites.
En français, Isidore Liseux publie dès 1885 une version établie d’après l’édition anglaise. Parmi les traductions modernes, on peut citer celle d’Alain Daniélou, parue en 1992. En anglais, celle de Wendy Doniger et Sudhir Kakar, parue en 2002, fait référence.
Ce que ce site lui doit
Une partie de nos noms viennent directement de ce deuxième livre : le crabe, le bambou fendu, le clou, la position d’Indrani, le lotus couché, ainsi que des dispositions qu’il décrit sous d’autres noms, comme le face-à-face couché, l’enclume, l’étreinte debout ou le portage.
Toutes les autres fiches appartiennent à un répertoire plus récent. Le mot « kamasutra » est devenu en français un nom commun pour toute collection de positions, et notre titre joue de cet usage, sans prétendre illustrer le texte ancien. Le glossaire signale chaque fois ce qui vient du traité et ce qui n’en vient pas.