Une personne sur le dos, l’autre au-dessus, face à face. La définition tient en une ligne, ce qui a valu à la position du missionnaire quelques décennies de moqueries sur sa supposée banalité. Elle reste celle à laquelle beaucoup de couples reviennent, pour des raisons terre à terre : on s’y voit, on s’y parle, on peut s’y embrasser sans contorsion, et personne n’a besoin de s’échauffer.
Comment s’installer
La personne allongée s’étend sur le dos, genoux pliés et pieds à plat, ou jambes détendues si c’est plus agréable. Celle ou celui qui vient au-dessus se place entre ses jambes et répartit son poids sur les mains ou les avant-bras, plutôt que sur le corps de l’autre. Sur les mains, les bustes s’écartent et les regards se croisent mieux. Sur les avant-bras, on gagne en contact et en stabilité, au prix d’un peu de liberté de mouvement.
Le rythme vient surtout de la personne au-dessus, mais celle qui est allongée garde une vraie marge de manœuvre : en poussant sur ses pieds, elle relève le bassin, ralentit, guide. Ce petit levier change la répartition des rôles plus qu’on ne le croit.
Trois réglages, et un exemple
Le premier réglage concerne le poids. Bras tendus, la personne au-dessus ne pose presque rien sur l’autre, mais ses poignets le sentent au bout de quelques minutes. Sur les avant-bras, la charge se répartit sur une surface plus large et une partie passe sur le buste de la personne allongée, ce qui reste acceptable tant qu’elle respire sans effort, et c’est à elle de le dire. Le deuxième réglage est le coussin, placé sous le bassin et non sous les reins : trop haut, il creuse le dos au lieu de le soutenir. Le troisième tient aux pieds de la personne allongée. À plat, ils lui donnent un levier ; posés sur l’arrière des cuisses de l’autre, ils ouvrent l’angle sans rien demander à ses hanches.
Imaginons, à titre d’exemple inventé, une personne de 1,85 m au-dessus et une personne de 1,60 m en dessous. Les visages se décalent d’une tête, et les baisers deviennent une affaire de contorsion. Plutôt que de se tasser, la plus grande remonte le coussin sous le bassin de l’autre, ce qui rapproche les bassins sans rien demander aux nuques, et chacun accepte que le front remplace parfois la bouche.
Pour qui
Pour à peu près tout le monde, tant que le poids de l’un ne devient pas le problème de l’autre. Une grande différence de taille décale les visages : la personne la plus grande peut descendre de quelques centimètres, ou accepter d’embrasser un front. En principe, la personne au-dessus a un pénis ou porte un harnais ; sans l’un ni l’autre, elle se pratique tout aussi bien en cherchant simplement le contact des bassins.
On la choisit aussi pour ce qu’elle ne demande pas. Aux débuts d’une relation, ou les soirs de fatigue, se regarder et pouvoir dire un mot à voix basse vaut mieux que réussir une figure.
Comment nous la notons
Difficulté facile, intensité moyenne, effort pour la personne au-dessus. Le deuxième point est un parti pris : la position passe pour paresseuse, mais tenir son poids sur les bras pendant dix minutes ne repose personne, et nous réservons la mention « douce » aux dispositions où personne ne porte. Le coussin sous le bassin, lui, n’a pas de fiche à part, quel que soit le nom qu’on lui donne ailleurs. Chez nous, un réglage reste un réglage, et ce qui se résume à un accessoire est décrit dans les variantes de sa voisine.
Variantes
Le réglage le plus simple tient dans un coussin ferme, glissé sous le bassin de la personne allongée : l’angle change, le bas du dos est soutenu, et vous n’avez rien eu à apprendre. Les jambes offrent le reste de la palette. Nouées autour de la taille, elles donnent la liane. Serrées et tendues, l’étau. Posées sur les épaules, l’enclume, nettement plus engagée. Si la personne au-dessus se redresse à genoux pendant que l’autre lève le bassin, vous voilà au demi-pont.
Autre piste, moins visible : remonter légèrement le long du corps de l’autre et remplacer les grands mouvements par un balancement lent, bassin contre bassin. L’effort diminue d’autant, et l’on tient bien plus longtemps sans y penser.
Pour changer sans se séparer, deux chemins sont plus courts que les autres. Roulez ensemble sur le côté, la personne allongée entraînant l’autre par la taille, et vous êtes au face-à-face couché. Continuez le mouvement jusqu’à inverser les rôles, et la personne qui était dessous se retrouve en andromaque, ce qui demande un peu d’élan et un lit assez large.
Les erreurs les plus fréquentes
Se tenir trop haut sur le corps de l’autre, d’abord : les bassins ne se rencontrent plus, et l’on compense par de grands mouvements qui fatiguent tout le monde. Une dizaine de centimètres plus bas, le problème disparaît. Verrouiller les coudes, ensuite, ce qui envoie toute la charge dans les poignets et les épaules, alors que des coudes légèrement fléchis tiennent bien plus longtemps. Enfin, chez la personne allongée, garder les jambes tendues et passives par habitude, alors que des pieds à plat lui rendent la moitié du pilotage.
D’où vient le nom
La version la plus répandue est probablement une légende. On raconte que des habitants d’îles du Pacifique se seraient moqués de la façon de faire des missionnaires européens. L’anthropologue Robert Priest a montré en 2001 que l’expression ne figure pas chez l’ethnologue Bronislaw Malinowski, à qui on l’attribuait, et qu’elle apparaît dans le rapport Kinsey de 1948, à la suite d’une lecture approximative. Aucun emploi plus ancien n’avait été trouvé à cette date, même si d’autres chercheurs restent prudents. Le glossaire réunit ces histoires de noms, en séparant ce qui a pu être vérifié de ce qui ne l’a pas été.
Confort et sécurité
Deux points fatiguent ici : les poignets et les épaules de la personne au-dessus, qui tiennent vite toute la charge, et le bas du dos de la personne allongée quand il reste creusé trop longtemps. Passer sur les avant-bras règle le premier, un coussin ou des pieds bien à plat règlent le second. Une douleur pendant ou après demande qu’on s’arrête puis, si elle revient, qu’on en parle à un professionnel de santé. Si le poids de l’autre devient lourd, dites-le tout de suite : cela se corrige en une seconde.
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