La levrette se décrit vite : une personne à quatre pattes, l’autre à genoux juste derrière elle, les mains sur ses hanches. Elle doit sa réputation à une réalité très mécanique, puisque cet angle laisse à la personne de derrière une grande liberté de mouvement, et à une particularité relationnelle que l’on oublie volontiers : vous ne vous voyez pas.
Comment s’installer
La personne de devant se place sur les mains et les genoux, écartés à peu près de la largeur des hanches, le dos à plat plutôt que creusé. Celle de derrière s’agenouille tout près, buste droit, et pose ses mains sur le haut des hanches, qui lui servent de repère. Si les bassins ne sont pas à la même hauteur, ce qui est le cas le plus fréquent, inutile de faire des prouesses : écartez un peu plus les genoux de la personne la plus grande, ou glissez un coussin sous les genoux de la plus petite.
Le rythme vient d’abord de derrière, mais rien n’empêche l’autre d’y participer. En reculant ou en avançant sur ses mains, la personne de devant prend facilement la main sur l’amplitude. Sur un matelas moelleux, tout le monde s’enfonce un peu, et le meilleur réglage se trouve souvent à quelques centimètres près.
Régler la hauteur, dans l’ordre
Trois leviers, à essayer dans cet ordre. D’abord l’écartement des genoux de la personne de devant, qui abaisse son bassin par petits paliers et reste le réglage le plus fin. Ensuite l’inclinaison de son dos : descendre sur les avant-bras baisse les épaules sans changer la hauteur du bassin, et c’est souvent la bonne réponse quand la personne de derrière se trouve trop basse. Enfin le coussin, plié en deux ou en quatre selon ce qu’il faut rattraper. La personne de derrière, elle, ne peut guère que s’asseoir plus ou moins sur ses talons, ce qui fatigue vite ses cuisses.
Supposons, pour fixer les idées, deux personnes imaginaires avec vingt centimètres d’écart de taille, la plus grande derrière. La plus grande écarte les genoux d’une largeur de main supplémentaire, la plus petite reste sur les mains plutôt que sur les coudes, et les bassins se rejoignent sans que personne n’ait à se tordre.
Pour qui
Elle suppose, chez la personne de derrière, un pénis ou un harnais. Sans l’un ni l’autre, elle convient encore aux caresses, et elle perd alors son principal intérêt mécanique sans rien perdre de son charme visuel.
Elle convient aux couples qui aiment une certaine énergie, et moins à ceux pour qui se regarder compte plus que tout. Elle demande également de la confiance : la personne de devant ne voit pas venir les mouvements, et c’est tout l’objet de la conversation qui précède. Une profondeur importante peut gêner, ce qui est courant et ne doit inquiéter personne.
Nous la classons facile, d’intensité soutenue, l’effort revenant à la personne de derrière. Le premier mot surprend parfois, parce que la position traîne une image sportive. Notre difficulté mesure la souplesse, la force et l’équilibre demandés, et la levrette n’exige rien des trois : s’y installer est à la portée de tout le monde, et c’est la tenir avec vigueur qui fatigue, ce qui relève de l’intensité.
Parler sans se voir
Puisque les visages sont hors de portée, la communication passe par la voix et les mains. Convenez de mots très simples, comme « doucement » et « stop », et d’un geste, par exemple une main posée sur la cuisse de l’autre. Une personne qui se tait n’est pas forcément une personne qui va bien, et il ne coûte rien de poser la question. Un miroir résout une partie du problème, et il ajoute au passage une dimension qui plaît à certains.
Une consigne vaut mieux qu’un jugement. « Moins profond » ou « plus lent » se comprennent et s’appliquent en une seconde, là où « pas comme ça » laisse l’autre deviner. La personne de derrière, de son côté, gagne à annoncer ce qu’elle s’apprête à changer avant de le faire, surtout si elle accélère.
Les erreurs que l’on voit le plus
La première est de creuser le dos pour l’effet visuel, ce qui coince les lombaires au bout de quelques minutes. La deuxième est de tirer sur les hanches avec les bras au lieu de bouger depuis le bassin : la personne de devant se retrouve déséquilibrée, et celle de derrière se fatigue les épaules pour rien. La troisième est de s’installer au milieu d’un matelas très mou, où les genoux de l’un s’enfoncent pendant que les mains de l’autre glissent, alors que le pied du lit, plus ferme, convient mieux.
Variantes
La famille est vaste. Le buste au sol et le bassin haut, c’est la levrette basse. Tout le corps à plat sur le ventre, c’est la levrette à plat, beaucoup moins fatigante. Les deux bustes redressés, dos contre torse, c’est la levrette redressée. La personne de derrière debout au sol, c’est la levrette au bord du lit, qui épargne ses genoux. Enfin, tout le monde debout, c’est la levrette debout, où l’équilibre entre en jeu.
Ces variantes s’enchaînent sans se séparer, et c’est leur principal avantage sur un changement complet de position. Depuis la version classique, la personne de devant descend sur les coudes et vous êtes dans la basse ; elle s’allonge tout à fait et vous êtes à plat ; elle se redresse en arrière, aidée par les bras de l’autre, et vous êtes dans la redressée. À notre avis, c’est dans cet ordre qu’une première soirée se passe le mieux : la classique pour commencer, la basse quand les poignets fatiguent, la plate pour finir en douceur.
Un mot sur le rangement. La catégorie « par-derrière » rassemble les cinq versions qui se pratiquent sur le lit, à genoux ou à plat ; le bord du lit, le fauteuil et l’escalier sont classés avec le mobilier, et la version debout avec les positions debout, parce que le meuble ou l’équilibre y comptent davantage que l’orientation des corps.
Confort et sécurité
La vigueur se dose à deux, car cette position permet d’aller vite et loin, parfois davantage qu’on ne le voudrait. Une douleur au fond du bassin n’est jamais à supporter en silence : arrêtez et changez de position, et parlez-en à un professionnel de santé si elle revient. Les genoux de chacun portent une bonne part de la charge : une couette pliée ou un tapis épais fait la différence sur un sol dur. Les poignets de la personne de devant peuvent passer sur les avant-bras dès qu’ils fatiguent. Le bas du dos supporte mal d’être creusé à fond : gardez une cambrure modérée, et ne confondez pas effet visuel et confort.
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