Deux cuillères rangées dans un tiroir occupent exactement la même forme, sans le moindre effort. La position qui porte leur nom applique cette évidence au lit : les deux personnes sont couchées sur le côté, tournées dans le même sens, l’une derrière l’autre, genoux légèrement pliés. Beaucoup de couples dorment déjà ainsi. Il arrive qu’on n’ait même pas à changer de place pour passer de l’un à l’autre.
Se caler l’une contre l’autre
La personne de devant se couche sur le côté, en chien de fusil modéré, genoux pliés et un oreiller sous la tête. Celle de derrière vient se caler contre son dos, en épousant le même angle, un bras passé par-dessus la taille. L’autre bras pose un petit problème, à peu près insoluble depuis que les humains se couchent à deux : il reste coincé sous la nuque ou sous l’oreiller et finit par s’engourdir. Glissez-le sous l’oreiller, à plat, et changez de côté si besoin.
Le point qui demande un peu d’attention est la hauteur des bassins. Si vous n’êtes pas à la même, la personne de derrière descend légèrement dans le lit et remonte ses genoux. Sa ou son partenaire peut aussi remonter la jambe du dessus, ce qui ouvre le passage et règle bien des difficultés en quelques secondes.
La hauteur des bassins, en détail
Puisque c’est le seul vrai réglage, autant le décrire en entier. La personne de derrière a deux leviers : glisser vers le bas du lit, ce qui descend son bassin par rapport à celui de l’autre, et plier davantage les genoux, ce qui l’avance. La personne de devant en a trois : plier plus ou moins les genoux, remonter la jambe du dessus vers sa poitrine, ou basculer légèrement le buste vers l’avant, ce qui tourne le bassin vers l’arrière. En combinant un levier de chaque côté, presque tous les gabarits s’alignent sans coussin.
Prenons une situation fictive pour le voir : Lou et Marc ont une trentaine de centimètres d’écart, et Marc, le plus grand, est derrière. S’ils se couchent tête contre tête, le bassin de Marc arrive au milieu des cuisses de Lou. Marc glisse donc vers le pied du lit jusqu’à ce que son visage soit à hauteur de la nuque de Lou, et il plie les genoux pour venir se loger derrière les siens. Lou remonte un peu la jambe du dessus. Les bassins se rencontrent, et Marc a perdu le droit d’embrasser autre chose qu’une épaule, ce qui est le prix habituel de cette position quand les tailles diffèrent.
Le rythme
Il est lent et ne pourra guère être autre chose. Le matelas absorbe une partie des mouvements, l’amplitude reste courte, et vous pouvez discuter sans élever la voix. Pour les petits matins, les soirs de fatigue ou les longues réconciliations, c’est sans doute ce qui se fait de plus économique. La personne de devant n’a pratiquement rien à porter, et celle de derrière a les mains libres, au moins l’une d’entre elles, pour la taille, les hanches ou ailleurs.
C’est aussi la position où l’on se parle le plus facilement, la bouche de l’une étant à quelques centimètres de l’oreille de l’autre. Les couples qui ont du mal à dire ce qu’ils aiment peuvent s’en servir pour cela : on s’y exprime à voix basse, sans se regarder, et sans que la demande prenne une allure solennelle.
Pour qui
Pour à peu près tout le monde, ce qui explique sa présence parmi les incontestables classiques. Elle ne demande ni souplesse ni force, et elle pardonne les différences de corpulence, puisque personne ne porte personne. Elle convient très bien à celles et ceux qui préfèrent une pénétration peu profonde, ou qui aiment simplement se sentir enveloppés. Sans pénis ni harnais, la disposition garde tout son intérêt pour les caresses, qui deviennent même sa raison d’être. Pendant une grossesse, beaucoup de couples se tournent vers les positions sur le côté, mais ce qui convient change d’un mois à l’autre, et la question revient à votre sage-femme ou à votre médecin.
À notre avis, c’est la fiche par laquelle commencer quand on ne sait pas par où commencer, avant même le missionnaire. Elle ne met personne en position de porter ou d’être regardé, elle se règle en deux gestes, et elle s’interrompt sans qu’on ait l’impression d’avoir échoué. Nous l’avons d’ailleurs notée facile, douce, et l’effort pour les deux, la note la plus basse que nous donnions, qu’elle partage avec le face-à-face couché et la position en T.
Variantes
Levez la jambe du dessus et posez-la en arrière sur les cuisses de l’autre pour ouvrir l’angle. Tournez le haut du corps de la personne de devant vers l’arrière, et les visages se rencontrent, au prix d’une légère torsion. Rapprochez les genoux de sa poitrine, et le bassin se présente autrement. Tournez-vous face à face, et vous voilà au face-à-face couché. Levez-vous enfin, sans changer l’ordre de la file, et ce sera la cuillère debout, beaucoup moins reposante.
Deux autres passages se font sans se lâcher. Si la personne de devant roule sur le ventre et que l’autre la suit, vous êtes à la levrette à plat, à peine plus active. Si c’est la personne de derrière qui roule sur le dos, en gardant le bassin au contact, et que celle de devant plie les genoux par-dessus ses hanches, vous arrivez à la position en T, où plus personne ne touche le dos de personne.
Les petits soucis
Rien de bien méchant ici. Un petit oreiller entre les genoux évite à la hanche du dessus de tirer vers le bas, et une couverture légère vaut mieux qu’une couette, car la chaleur s’accumule vite entre deux corps collés. Si la position vous gêne quelque part malgré tout, ce sera le signe d’un réglage à faire, et vous le trouverez plus vite en le disant à voix haute. Reste le coude de la personne de derrière, qui s’engourdit, et son épaule, qui s’ankylose : changez de côté de temps en temps, et gardez l’autre côté pour la nuit.
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